Huile de Palme
(Photo : wajakemek)
Un article intéressant extrait du site Novethic sur la production d’huile de palme et ses impacts environnementaux.
La forte consommation d’huile de palme accroît ses impacts environnementaux.
A la veille de la Conférence de Bali, les ONG relancent le débat sur l’impact des cultures de palmiers à huile sur l’environnement. La 5ème Table ronde sur l’huile de palme durable (RSPO), qui se déroulait du 20 au 22 novembre 2007 en Malaisie, a regroupé les principaux acteurs du secteur. Aucune politique concrète n’a pourtant été décidée pour réglementer la production de cette huile, qui s’avère à la fois indispensable pour l’Homme et potentiellement nocive pour l’environnement.
L’huile de palme n’est plus seulement utilisée dans les cuisines asiatiques et africaines : elle apparaît depuis quelques années dans de nombreux produits de nos supermarchés. Une étude à paraître des Amis de la Terre dévoile ainsi que 40% des viennoiseries des grandes surfaces contiennent de l’huile de palme. Derrière l’explosion du marché et les pénuries (voir encadré) se cache le problème concret de l’impact environnemental de la culture de palmiers à huile. Déforestation, pollution des eaux, cultures illégales et perte de biodiversité sont les contrecoups écologiques d’une agriculture irraisonnée.
Si elle est médiatisée depuis peu, la culture du palmier à huile existe depuis toujours en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. L’Elaeis guineensis produit 30% des huiles végétales dans le monde, et nourrit une grande partie de la population de l’hémisphère sud. A elle seule, l’Indonésie, en particulier la province de Riau, couvre 80% de la production mondiale d’huile de palme. Le pays a perdu 72% de ses forêts tropicaux en 50 ans, en grande partie à cause de la déforestation massive qu’a entraînée le développement de la filière. ” C’est un phénomène suffisamment lourd pour qu’on parle de problème environnemental majeur ” affirme Grégoire Lejonc, chargé de campagne Forêt pour Greenpeace France. L’ONG rappelle notamment que la destruction des forêts tropicales entraine la disparition de nombreuses espèces animales, en particulier l’orang-outan.
Déforestation massive et pollution des eaux
Les forêts tropicales et les tourbières, qui emprisonnent de grandes quantités de carbone, sont détruites pour faire place à de larges exploitations de palmiers à huile. Ce phénomène à lui seul a placé l’Indonésie au troisième rang des émetteurs de gaz à effets de serre, et serait responsable de 20% des émissions mondiales. En Indonésie, les conflits fonciers compliquent le problème : il est difficile de déterminer à qui appartiennent les terrains. ” La pression de l’industrie sur les terres nationalisées est très forte, à tel point que certains exploitants s’attaquent aux parcs nationaux ” explique Sylvain Angerand, chargé de campagne Forêt aux Amis de la Terre France.
La culture des palmiers n’est pourtant pas la seule cause de déforestation dans le monde : soja en Asie et colza au Brésil sont également coupables. Le palmier à huile est particulièrement houspillé par les ONG car sa culture est accusée de polluer les eaux. L’utilisation de pesticides, en particulier le paraquat, interdit en France, et d’engrais contenant phosphates et nitrates, est vivement décriée. Le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), qui étudie l’optimisation des cultures de palmiers à huile, nie de son côté une utilisation excessive de pesticides. ” Les cultures sont quasiment biologiques, et seules de petites surfaces sont traitées ponctuellement avec des pesticides ” insiste Jean-Marie Noël, technologue des oléagineux tropicaux au Cirad. L’organisme a beaucoup étudié les dégâts causés par les palmeraies, et obtient des résultats ” tout à fait rassurants ” d’après le chercheur.
Un mal nécessaire ?
L’huile de palme serait-il l’ennemi numéro un ? La réponse n’est pas évidente. Le palmier à huile est la plante oléagineuse qui produit le meilleur rendement : 4 tonnes d’huile par hectare et par an. Pour obtenir la même quantité d’huile, il faudrait planter une surface 4 fois plus grande de soja. Avec l’accroissement de la population, la demande augmente et le cours des corps gras s’envole. ” L’huile de palme pourrait être une solution pour nourrir la planète, donc on ne peut pas bannir cette culture ” explique Jean-Marie Noël. Les hautes teneurs en vitamines et en graisses saturées (qui apportent beaucoup d’énergie) de cette huile en font un aliment de choix pour les populations malnutries.
Si les ONG sont d’accord sur l’importance nutritionnelle de l’huile de palme, elles dénoncent ses autres utilisations. ” L’industrie agroalimentaire des pays riches n’a pas besoin d’huile de palme ” affirme Grégoire Lejonc. L’essor des agrocarburants motive également certains exploitants, qui voient en l’huile de palme un nouveau carburant. Les Amis de la Terre ” dénoncent les risques liés à l’engagement de l’Union européenne d’incorporer 10% d’agrocarburants d’ici 2020 “. Les défenseurs de la plante rappellent enfin que tout est utilisable dans le palmier, y compris les déchets de l’industrie de l’huile, qui sont revalorisés pour donner du compost ou de l’énergie.
Une culture raisonnée et durable
L’huile de palme a déjà séduit les grands des industries cosmétique, chimique, agroalimentaire et agronomique. La Table ronde sur l’huile de palme durable (RSPO) réunit les acteurs internationaux du secteur, des investisseurs aux exploitants, et se pose essentiellement comme une plateforme de communication entre eux. Parmi les membres, on trouve notamment Syngenta, premier producteur mondial de paraquat, et Wilmar, la plus importante société de négoce d’huile de palme, financée entre autre par la Banque mondiale et accusée d’exploiter illégalement les forêts tropicales. ” Les groupes se donnent bonne conscience en participant à la table ronde, alors que le RSPO n’a encore défini aucune politique précise pour le développement durable des palmiers à huile ” regrette Sylvain Angerand.
La solution existe pourtant, pour concilier culture des palmiers à huile et environnement. ” Accoler de petites exploitations aux forêts tropicales pour conserver la biodiversité, et planter les terres brûlées plutôt que de défricher ” explique Sylvain Angerand. Le Cirad travaille à augmenter la rentabilité des plantations en améliorant les variétés de palmiers à huile, et à optimiser les systèmes de culture. L’huile de palme est pour l’instant nécessaire à l’humanité, mais la maitrise des cultures devient indispensable pour la planète.
Rouba Naaman (23/11/2007)
Un petit reportage sur la production d’huile de palme à Sumatra en Indonésie (en anglais):